Il est 23h30
Je suis en voiture,
En train de rentrer chez moi.
A 500 m de mon appartement,
Entre deux voitures,
Allongé sur le trottoir,
Un homme.
Il m'aura fallu seulement 10 secondes de réflexion pour faire demi-tour
Je descends de ma voiture, m'approche de lui
Il baigne dans une flaque.
« Monsieur ? Ca va ? Vous avez besoin d'aide ? »
De l'aide, oui.
Juste pour rentrer chez lui.
Il justifie son état par une hypoglycémie.
L'odeur de Kronenbourg qu'il dégage
Me fait comprendre autrement.
Et cette flaque au sol,
C'est qu'il s'est pissé dessus.
Je l'aide à se relever.
Il habite à 100m à peine.
Il commence à courir, pour arriver plus vite.
Son alcoolémie est telle,
Qu'il flanche et tombe.
A 3 reprises.
Je l'aide tant bien que mal à lui faire rejoindre son appartement.
Arrivé devant le pas de la porte,
Il s'assoie.
« Merde, j'ai pas mes clefs !! »
Il n'aligne pas 3 mots.
Il en est incapable.
Autant que moi je le suis de le laisser seul, dans la rue.
J'peux pas le laisser dormir sur le trottoir.
J'peux pas l'abandonner ivre devant sa porte.
J'peux pas non plus rester toute la nuit à le veiller..
Impuissant, je compose le 115.
Ils ne peuvent rien faire.
Deuxième essai : le 17.
Ils ne peuvent rien faire.
Troisième essai : le poste de police d'Orléans.
On me promet une patrouille...
Et moi je reste, avec lui,
Parce que je ne veux pas le laisser seul.
Et tant bien que mal, il commence à me poser des questions.
Sur ce que je pense des gens en général.
Je lui fais part de mon opinion, qu'il trouve au passage plutôt pas mal.
Il me fait subir un quizz sur les capitales d'Europe,
Et je m'en sors moyennement bien.
Il ne veut pas que je l'emmerde.
La fatigue se fait sentir,
Aussi bien pour lui, que pour moi.
Je le sens agressif,
Pressé de trouver une solution.
Mais la solution moi, je l'ai.
Elle va arriver.
Mais je ne veux pas l'affoler, alors je lui dis juste que de l'aide arrive.
On discute et il me parle d'une amie.
Annie.
Il veut que je l'emmène chez elle.
Je refuse.
J'veux pas qu'il dégueule dans ma voiture,
J'ai pas non plus à 100% confiance.
J'préfère rester là, à attendre la police.
Il me tend son téléphone,
Me demande d'appeler cette Annie.
Je m'exécute.
La messagerie sur laquelle je tombe me laisse un espoir :
Cette femme à l'air neutre.
Je lui laisse un message SOS.
Elle me rappelle aussitôt.
Juste le temps de lui glisser la situation,
Elle comprend, panique un peu, mais me promet d'arriver.
Trois minutes plus tard,
Mes princes charmants arrivent,
Non pas sur leur cheval blanc,
Mais avec leur 307.
Je leur explique brièvement la situation,
Ils prennent mon identité,
Celle de Thierry Thierry, né Thierry
Puis me libèrent pour la nuit,
Histoire de rejoindre ma couette
En me félicitant pour l'acte de civisme
Que je n'ai pas hésité à faire.
« Peu de gens l'auraient fait. Mais pour des ivrognes comme ça, il ne faut pas avoir de remords. Ni faire demi-tour. Ils se mettent seuls dans cet état là »
Un dernier merci.
Un dernier encouragement.
Et je laisse Thierry seul, face à son destin.
00h30.
Je rentre enfin chez moi.
Avec la fierté d'avoir servi à quelque chose aujourd'hui.
Pour certains, ça peut paraître anodin,
Mais j'ai évité à un mec de dormir dans la rue ce soir
Je suis resté avec lui.
J'ai discuté avec lui.
Je l'ai fait rire.
Il m'a plusieurs fois remercié,
M'a dit que j'étais un mec bien
Mais qu'il ne fallait pas que je m'occupe des autres comme ça.
Qu'il fallait aussi que je m'occupe de moi...
Peut-être, mais ça, je ne peux pas.